ImpÎt sur les sociétés aux USA : fonctionnement, taux et astuces pour les Français

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L’impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s aux USA fascine autant qu’il fait peur aux entrepreneurs français. Le pays est souvent perçu comme un eldorado fiscal, alors qu’en rĂ©alitĂ©, le systĂšme est surtout stratifiĂ©, prĂ©visible et exigeant. ImpĂŽt fĂ©dĂ©ral, taxes d’États, retenues Ă  la source, statut fiscal des LLC : sans une vision claire, il est facile de monter une structure bancale, ou pire, de dĂ©clencher une imposition inattendue des deux cĂŽtĂ©s de l’Atlantique.

Pour un entrepreneur français, la vraie question n’est pas “oĂč payer le moins possible ?”, mais “comment structurer pour Ă©viter la double imposition, sĂ©curiser les marges et rester en rĂšgle vis-Ă -vis du fisc amĂ©ricain et français ?”. Entre la notion de “Engaged in a Trade or Business in the US” (ETBUS), le choix entre Partnership taxation et Corporation taxation, et les subtilitĂ©s des revenus passifs, les dĂ©cisions prises au dĂ©but du projet conditionnent la fiscalitĂ© pour des annĂ©es. Cet article pose les bases, avec un angle concret : comment fonctionne l’impĂŽt sociĂ©tĂ© aux USA aujourd’hui, quels taux regarder vraiment, et quelles stratĂ©gies un Français peut utiliser pour structurer son business sans bricolage ni fantasmes.

En bref

  • L’impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s aux USA fonctionne par strates : niveau fĂ©dĂ©ral, États, parfois villes/comtĂ©s, plus des taxes sur les ventes ou les recettes brutes.
  • Le taux fĂ©dĂ©ral de base sur les sociĂ©tĂ©s C est de 21 %, auquel peuvent s’ajouter des impĂŽts d’État allant de 0 % Ă  plus de 11 % selon la localisation.
  • Pour un Français, la clĂ© est de comprendre s’il est considĂ©rĂ© comme “Engaged in a Trade or Business in the US” (ETBUS) ou non : cela dĂ©clenche ou non l’imposition amĂ©ricaine.
  • Les LLC peuvent ĂȘtre imposĂ©es comme “disregarded entity”, partnership ou corporation, avec des effets fiscaux trĂšs diffĂ©rents cĂŽtĂ© USA et cĂŽtĂ© France.
  • Les revenus passifs (intĂ©rĂȘts, dividendes, royalties) subissent en principe une retenue Ă  la source de 30 %, souvent rĂ©duite par la convention fiscale France–États-Unis.
  • Choisir son État (Floride, Delaware, Wyoming, Texas
) ne doit pas se faire “à la mode”, mais en fonction du modĂšle Ă©conomique rĂ©el et de la localisation des clients.
  • Une structuration intelligente permet souvent de limiter l’impĂŽt aux USA, voire de le neutraliser lĂ©galement, tout en reportant la taxation sur le pays de rĂ©sidence de l’associĂ©.

ImpĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s aux États-Unis : comprendre la mĂ©canique fĂ©dĂ©rale

La premiĂšre couche de l’impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s aux USA, c’est le niveau fĂ©dĂ©ral. À ce niveau, l’IRS applique un taux forfaitaire de 21 % sur le revenu imposable des sociĂ©tĂ©s de type C (les “C corporations”). Pas de barĂšme progressif comme pour l’impĂŽt sur le revenu des particuliers : une fois la base calculĂ©e, c’est 21 %, point. Cette simplicitĂ© apparente cache cependant une mĂ©canique de calcul assez technique, avec des rĂšgles sur les intĂ©rĂȘts, les pertes reportĂ©es et l’amortissement.

Le revenu imposable ne correspond jamais juste au chiffre d’affaires moins les dĂ©penses. Le fisc amĂ©ricain impose d’abord de partir du revenu brut, puis de dĂ©duire uniquement les charges considĂ©rĂ©es comme ordinaires et nĂ©cessaires. Viennent ensuite plusieurs ajustements : plafonnement de la dĂ©duction des intĂ©rĂȘts (rĂšgles du fameux article 163(j)), limitation de l’utilisation des pertes fiscales (NOL, Net Operating Loss) qui ne peuvent en gĂ©nĂ©ral compenser que 80 % du revenu imposable, rĂšgles d’amortissement accĂ©lĂ©rĂ© ou bonifiĂ© pour certains actifs. Une entreprise qui gĂšre mal ces Ă©lĂ©ments peut afficher un bĂ©nĂ©fice comptable modeste mais un rĂ©sultat fiscal bien plus Ă©levĂ©.

Depuis la derniĂšre grande rĂ©forme, les grandes entreprises sont aussi exposĂ©es Ă  un impĂŽt minimum alternatif, le CAMT, de 15 % calculĂ© sur un rĂ©sultat “comptable” ajustĂ© (AFSI). Dans les faits, ce dispositif concerne surtout les groupes ayant plus d’un milliard de dollars de revenus moyens, donc loin de la plupart des entrepreneurs français qui lancent une activitĂ© SaaS, e‑commerce ou de consulting depuis la France. Mais cela montre une tendance : le lĂ©gislateur amĂ©ricain veut s’assurer que les grosses structures ne sortent pas de l’impĂŽt via une ingĂ©nierie agressive.

Une autre spĂ©cificitĂ© du systĂšme amĂ©ricain, souvent ignorĂ©e en France, est la logique de classification des entitĂ©s. Une LLC par exemple n’a pas, par dĂ©faut, un statut fiscal unique. Elle peut ĂȘtre :

  • une “disregarded entity” si elle a un seul associĂ© et n’a fait aucune Ă©lection spĂ©ciale,
  • une partnership fiscale si elle a plusieurs associĂ©s,
  • ou une corporation si ses membres optent pour ce traitement par le fameux systĂšme des “check-the-box rules”.

Cette flexibilitĂ© est un avantage Ă©norme
 Ă  condition de savoir ce que cela implique pour l’impĂŽt sociĂ©tĂ© aux USA et pour l’imposition personnelle de l’associĂ© en France. Choisir Ă  l’aveugle, parce qu’un forum recommande une option, revient Ă  signer un contrat sans lire les clauses.

CĂŽtĂ© obligations, les sociĂ©tĂ©s doivent dĂ©poser chaque annĂ©e une dĂ©claration fĂ©dĂ©rale : Form 1120 pour les C corps, 1120-S pour les S corps, 1120-F pour une sociĂ©tĂ© Ă©trangĂšre qui a un revenu liĂ© Ă  une activitĂ© aux États-Unis. Les Ă©chĂ©ances, pour une sociĂ©tĂ© dont l’exercice coĂŻncide avec l’annĂ©e civile, tournent autour du 15 mars ou 15 avril, avec la possibilitĂ© d’une prolongation de six mois via le Form 7004. Attention toutefois : l’extension donne plus de temps pour dĂ©clarer, pas pour payer. En cas de retard de paiement, les intĂ©rĂȘts et pĂ©nalitĂ©s tombent, mĂȘme si la liasse arrive dans les temps.

  FATCA : ce que les entrepreneurs français doivent savoir sur la fiscalitĂ© amĂ©ricaine

Une sociĂ©tĂ© qui anticipe plus de 500 dollars d’impĂŽt fĂ©dĂ©ral doit en principe verser des acomptes trimestriels (estimated taxes), calculĂ©s avec le Form 1120-W. Ignorer cette rĂšgle, c’est prendre le risque d’un redressement assorti de pĂ©nalitĂ©s, mĂȘme si le calcul global de fin d’annĂ©e est juste. Beaucoup de petits entrepreneurs Ă©trangers dĂ©couvrent cette obligation au moment du premier Ă©change musclĂ© avec l’IRS.

Pour un entrepreneur français, la leçon est claire : avant mĂȘme de parler d’optimisation, il faut maĂźtriser les bases – taux fĂ©dĂ©ral, classification de l’entitĂ©, rĂšgles de calcul de la base. Sans cette base, impossible d’aligner correctement les rĂšgles amĂ©ricaines avec celles de la France ou de la convention fiscale bilatĂ©rale. C’est seulement Ă  partir de cette comprĂ©hension que le choix entre LLC, C corp ou autre devient une vraie dĂ©cision stratĂ©gique, et pas un pari.

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ImpĂŽt fĂ©dĂ©ral, États et villes : la superposition des taux d’imposition sociĂ©tĂ© USA

DĂšs que la base fĂ©dĂ©rale est claire, une autre couche se rajoute : les impĂŽts d’États et parfois locaux. C’est lĂ  que le systĂšme amĂ©ricain se complique vraiment pour un Ɠil français habituĂ© Ă  un impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s national unique. Chaque État peut ajouter sa propre corporate income tax, une taxe de franchise ou une taxe sur les recettes brutes, voire combiner plusieurs dispositifs. Certains États n’ont pas d’impĂŽt sur le revenu des sociĂ©tĂ©s, mais appliquent tout de mĂȘme des prĂ©lĂšvements sur le chiffre d’affaires.

Le contraste est frappant entre, par exemple, la Caroline du Nord qui a rĂ©duit son taux Ă  2,25 % et vise 0 % Ă  l’horizon 2030, et un État comme le New Jersey oĂč le taux effectif peut grimper jusqu’à 11,5 % pour les grandes entreprises. Entre les deux, des États comme la Floride, la GĂ©orgie ou l’Utah restent attractifs avec des taux intermĂ©diaires. À l’inverse, la Californie ou le Minnesota affichent des taux relativement Ă©levĂ©s, auxquels s’ajoutent parfois des taxes municipales spĂ©cifiques.

Le tableau ci-dessous donne un aperçu comparatif simplifiĂ© pour quelques États clĂ©s qui reviennent souvent dans les discussions des entrepreneurs francophones :

État Type d’imposition principale Taux maximal indicatif Remarques utiles pour un entrepreneur français
Floride ImpĂŽt forfaitaire sur le revenu des sociĂ©tĂ©s ≈ 5,5 % Pas d’impĂŽt sur le revenu des particuliers au niveau de l’État, environnement apprĂ©ciĂ© pour les structures qui rĂ©investissent.
Delaware ImpĂŽt sur le revenu + taxe sur les recettes brutes ≈ 8,7 % TrĂšs utilisĂ© pour les holdings, mais ne supprime pas l’impĂŽt si l’activitĂ© est ailleurs.
Texas Taxe sur la marge (recettes brutes) Pas de CIT classique Pas d’impĂŽt sur le revenu des sociĂ©tĂ©s, mais taxe de franchise basĂ©e sur le chiffre d’affaires au-delĂ  d’un seuil.
Wyoming Pas de corporate income tax 0 % Pas de CIT ni de taxe de recettes brutes Ă  l’échelle de l’État, mais attention au lieu rĂ©el d’exploitation.
Californie ImpĂŽt sur le revenu des sociĂ©tĂ©s ≈ 8,84 % FiscalitĂ© plus lourde, environnement rĂ©glementaire dense, mais marchĂ© gigantesque.

Un point clĂ© : l’État d’incorporation n’est pas toujours l’État d’imposition. Exemple concret : une sociĂ©tĂ© constituĂ©e dans le Wyoming mais qui opĂšre essentiellement avec des employĂ©s et des bureaux en Californie sera, dans les faits, imposĂ©e en Californie sur la part du rĂ©sultat qui y est rattachĂ©e. Le Wyoming n’est pas un bouclier magique, c’est juste un État sans corporate income tax au niveau local. Le nexus fiscal, c’est-Ă -dire le lien entre l’activitĂ© et l’État, se construit avec des critĂšres concrets : prĂ©sence physique, employĂ©s, entrepĂŽt, seuils de chiffre d’affaires, etc.

Autre Ă©lĂ©ment Ă  surveiller : certains États, comme le Nevada, le Texas ou l’Ohio, n’ont pas d’impĂŽt sur le revenu des sociĂ©tĂ©s mais appliquent des taxes sur les recettes brutes. Ce type de taxe frappe le chiffre d’affaires, pas le bĂ©nĂ©fice. Pour un business Ă  faible marge, cela peut coĂ»ter plus cher qu’un impĂŽt sur les bĂ©nĂ©fices modĂ©rĂ©. Avant d’ouvrir une filiale pour un projet de e‑commerce vers les USA, il est prudent de refaire les calculs en intĂ©grant ces mĂ©canismes.

Les impĂŽts d’État sont en gĂ©nĂ©ral dĂ©ductibles de l’impĂŽt fĂ©dĂ©ral comme charges professionnelles. Cela ne les rend pas neutres, mais attĂ©nue leur impact. Un impĂŽt d’État Ă  5 % ne pĂšse pas effectivement 5 %, car une partie vient rĂ©duire la base de calcul des 21 % fĂ©dĂ©raux. LĂ  encore, le vrai coĂ»t se calcule, il ne se devine pas.

Au-delĂ  des chiffres, ce qu’il faut retenir est simple : le choix de l’État doit se faire en fonction du modĂšle Ă©conomique rĂ©el (marge, localisation des clients, prĂ©sence physique) et non uniquement sur la rĂ©putation d’un État “friendly”. Une structure bien placĂ©e gĂ©ographiquement peut faire la diffĂ©rence entre un business rentable et un modĂšle rongĂ© par une couche d’impĂŽts qu’on aurait pu Ă©viter.

LLC, “disregarded entity” et ETBUS : quand une sociĂ©tĂ© US est-elle vraiment imposĂ©e ?

Pour un Français qui crĂ©e une sociĂ©tĂ© aux États-Unis, la question centrale est souvent : “Vais‑je devoir payer de l’impĂŽt sociĂ©tĂ© aux USA si je gĂšre tout depuis la France ?”. La rĂ©ponse tourne autour d’une notion clĂ© : le fait d’ĂȘtre ou non “Engaged in a Trade or Business in the US” (ETBUS). En clair, l’IRS regarde si l’activitĂ© est rĂ©ellement exercĂ©e aux États-Unis via un agent dĂ©pendant qui accomplit des opĂ©rations substantielles pour la sociĂ©tĂ©.

Un agent dĂ©pendant, c’est par exemple un salariĂ©, ou un sous‑traitant qui travaille quasi exclusivement pour la sociĂ©tĂ© et porte vĂ©ritablement le business sur le territoire amĂ©ricain. À l’inverse, avoir un compte bancaire US, un fournisseur logistique ou un client comme Amazon ne suffit pas Ă  crĂ©er un ETBUS. L’entreprise qui vend depuis l’étranger, sans prĂ©sence significative aux États-Unis, n’est pas automatiquement imposable là‑bas. Tant qu’elle n’est pas ETBUS, aucune federal income tax n’est due sur ses bĂ©nĂ©fices aux États-Unis.

La classification fiscale de la structure joue ensuite un rĂŽle majeur. Une LLC Ă  associĂ© unique, qui n’a pas fait d’élection spĂ©cifique, est traitĂ©e par l’IRS comme une “disregarded entity”. Sur le plan fiscal amĂ©ricain, elle est transparente : le revenu remonte directement Ă  l’associĂ©, et la sociĂ©tĂ© en elle-mĂȘme n’est pas imposĂ©e en tant que personne morale. Pour un non‑rĂ©sident qui n’est pas ETBUS, et qui gĂšre l’activitĂ© depuis l’étranger, cela signifie souvent pas d’impĂŽt sociĂ©tĂ© aux USA, avec une imposition dĂ©portĂ©e dans le pays de rĂ©sidence de l’associĂ©.

  BarĂšme d’imposition pour couples mariĂ©s : quelles diffĂ©rences entre France et États-Unis ?

C’est la stratĂ©gie recherchĂ©e par de nombreux entrepreneurs francophones qui crĂ©ent une LLC aux États-Unis pour vendre en ligne ou proposer du consulting international. La sociĂ©tĂ© devient un “contenant juridique” pratique pour signer avec des clients amĂ©ricains, encaisser en dollars, ouvrir un compte bancaire pro aux USA, tout en laissant l’imposition principale se dĂ©clencher en France sur la base des rĂšgles françaises.

DĂšs qu’il y a plusieurs associĂ©s, la LLC, par dĂ©faut, bascule dans la logique de Partnership taxation. LĂ  encore, la sociĂ©tĂ© n’est pas imposĂ©e en propre : ce sont les associĂ©s qui dĂ©clarent leur part de rĂ©sultat, au prorata. Si les associĂ©s sont non‑rĂ©sidents et que la structure n’est pas ETBUS, la facture fiscale amĂ©ricaine reste nulle. En revanche, si l’activitĂ© est rĂ©ellement exercĂ©e sur place, chaque associĂ© supporte son impĂŽt sur le revenu US (jusqu’à 37 % Ă  l’échelle fĂ©dĂ©rale), plus Ă©ventuellement l’impĂŽt d’État.

Dernier cas : la LLC qui choisit d’ĂȘtre traitĂ©e comme une Corporation (association taxable as a corporation). Elle devient alors une sociĂ©tĂ© opaque, avec un impĂŽt de 21 % au niveau fĂ©dĂ©ral sur ses bĂ©nĂ©fices, plus l’impĂŽt d’État Ă©ventuel. Si elle distribue ensuite des dividendes, les associĂ©s supportent Ă  leur tour une imposition sur ces flux. On entre alors dans la logique de double niveau de taxation, qui peut faire sens pour certaines stratĂ©gies (capitalisation des bĂ©nĂ©fices, rĂ©investissement sur place) mais doit ĂȘtre chiffrĂ©e sĂ©rieusement.

Une situation typique illustre bien ces choix : une entrepreneure française lance une activitĂ© de coaching en ligne, vendant surtout Ă  des clients amĂ©ricains. Elle ouvre une LLC en Floride, sans locaux là‑bas, en restant rĂ©sidente fiscale en France. Tant qu’elle n’a pas de salariĂ© ni d’agent dĂ©pendant aux États‑Unis, sa LLC n’est pas ETBUS. En la gardant comme “disregarded entity”, elle Ă©vite l’impĂŽt sociĂ©tĂ© aux USA, mais doit dĂ©clarer en France les bĂ©nĂ©fices de sa structure. Si, deux ans plus tard, elle ouvre un bureau Ă  Miami et embauche, le statut ETBUS risque de s’appliquer, changeant complĂštement la donne fiscale.

La clĂ© est donc de lier la structure juridique au business rĂ©el. On ne choisit pas une LLC, une C corp ou un rĂ©gime fiscal parce que “tout le monde fait comme ça”, mais parce que cela correspond Ă  la rĂ©alitĂ© : oĂč sont les clients, oĂč sont les Ă©quipes, oĂč se crĂ©e la valeur. Cette cohĂ©rence Ă©vite les mauvaises surprises avec l’IRS
 et avec l’administration française.

Partnership vs Corporation taxation : optimiser l’impĂŽt sociĂ©tĂ© USA sans fantasmes

Une fois le pĂ©rimĂštre d’imposition clarifiĂ© (ETBUS ou non, nature de l’activitĂ©), reste une question stratĂ©gique : faut‑il privilĂ©gier la transparence fiscale (Partnership/disregarded) ou l’opacitĂ© fiscale (Corporation) ? DerriĂšre ces mots se cachent des impacts trĂšs concrets sur la trĂ©sorerie, la distribution des bĂ©nĂ©fices et la stabilitĂ© de la structure Ă  long terme.

Dans la logique Partnership taxation, les bĂ©nĂ©fices sont directement imposĂ©s entre les mains des associĂ©s, qu’ils soient distribuĂ©s ou non. Une LLC Ă  plusieurs associĂ©s relĂšve en gĂ©nĂ©ral de ce rĂ©gime par dĂ©faut, tout comme une LLC Ă  associĂ© unique considĂ©rĂ©e comme “disregarded” – sauf que dans ce dernier cas, il n’y a qu’une seule personne imposable. L’avantage majeur est l’absence d’impĂŽt au niveau de la sociĂ©tĂ© elle‑mĂȘme. L’inconvĂ©nient, c’est que mĂȘme si l’on conserve les bĂ©nĂ©fices dans la structure pour rĂ©investir, l’impĂŽt tombe au niveau personnel.

CĂŽtĂ© Corporation taxation, le schĂ©ma change. La sociĂ©tĂ© paie 21 % d’impĂŽt fĂ©dĂ©ral sur ses bĂ©nĂ©fices, plus l’éventuel impĂŽt d’État (par exemple 5,5 % pour la Floride, environ 8,7 % pour le Delaware). Les associĂ©s ne sont imposĂ©s que lorsqu’ils reçoivent des dividendes ou rĂ©munĂ©rations. L’inconvĂ©nient est Ă©vident : risque de double imposition. L’avantage apparaĂźt quand la sociĂ©tĂ© veut capitaliser : tant que les bĂ©nĂ©fices restent bloquĂ©s dedans, le coĂ»t fiscal global peut ĂȘtre infĂ©rieur Ă  une imposition personnelle immĂ©diate Ă  des taux Ă©levĂ©s.

Dans la pratique, beaucoup de structures opĂ©rationnelles orientĂ©es cash, avec des associĂ©s qui se rĂ©munĂšrent rĂ©guliĂšrement, trouvent plus d’intĂ©rĂȘt dans la transparence fiscale. À l’inverse, certaines sociĂ©tĂ©s Ă  fort besoin de rĂ©investissement – par exemple un projet industriel ou technologique aux États‑Unis – peuvent accepter l’impĂŽt sociĂ©tĂ© pour bĂ©nĂ©ficier d’un taux fixe de 21 % sur les bĂ©nĂ©fices non distribuĂ©s. Pour les business rentables orientĂ©s long terme aux États‑Unis, ce calcul devient central.

Un autre paramĂštre Ă  intĂ©grer est la possibilitĂ© de changer de rĂ©gime fiscal. Les rĂšgles amĂ©ricaines permettent en principe de passer d’un traitement Ă  l’autre tous les cinq ans environ, en utilisant les formulaires adaptĂ©s (Form 8832 pour changer la classification d’entitĂ©, 2553 pour opter pour le statut S corp quand c’est possible). Cette flexibilitĂ© est utile, mais chaque bascule a des consĂ©quences techniques (reconnaissance de plus‑values latentes, repositionnement des actifs, etc.). Modifier la classification ne doit donc pas ĂȘtre un jeu, mais une dĂ©cision calculĂ©e.

Ajoutons Ă  cela le traitement des revenus passifs. Dividendes, intĂ©rĂȘts et royalties versĂ©s Ă  un non‑rĂ©sident sont en gĂ©nĂ©ral soumis Ă  une retenue Ă  la source de 30 % aux États‑Unis. Pour un rĂ©sident français, ce taux peut ĂȘtre rĂ©duit, voire annulĂ©, grĂące Ă  la convention pour Ă©viter la double imposition entre la France et les USA. Mais lĂ  encore, il faut que la structure et les formulaires transmis aux payeurs soient cohĂ©rents (formulaires W‑8BEN / W‑8BEN‑E bien remplis, preuve de rĂ©sidence fiscale, etc.).

Pour un entrepreneur français qui lance un SaaS ou un e‑commerce vers les États‑Unis depuis l’Europe, un schĂ©ma classique consiste Ă  :

  • CrĂ©er une LLC imposĂ©e en transparence, sans ETBUS tant qu’il n’y a pas de prĂ©sence forte aux USA.
  • Laisser la sociĂ©tĂ© ĂȘtre fiscalement neutre aux USA, et assumer l’imposition en France, en cohĂ©rence avec sa rĂ©sidence fiscale.
  • Éventuellement, basculer vers un traitement de type Corporation si, quelques annĂ©es plus tard, une vraie implantation amĂ©ricaine est envisagĂ©e.
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Ce n’est pas un modĂšle “magique”, c’est une construction pragmatique qui combine la souplesse de la LLC et les protections de la convention fiscale. Le point crucial, c’est le suivi dans le temps : dĂšs que le business se rapproche du sol amĂ©ricain (recrutement local, bureaux, stock significatif), il faut remettre la structure Ă  plat avec un fiscaliste pour Ă©viter de crĂ©er, sans s’en rendre compte, un ETBUS non dĂ©clarĂ©.

L’optimisation intelligente ne cherche pas Ă  disparaĂźtre du radar, elle cherche Ă  payer l’impĂŽt lĂ  oĂč la valeur se crĂ©e rĂ©ellement, en utilisant les rĂšgles existantes. C’est cette ligne qu’il faut garder en tĂȘte pour Ă©viter les “solutions miracles” souvent vendues, qui finissent en redressements coĂ»teux.

Francophones et impÎt société USA : stratégies concrÚtes, convention fiscale et piÚges à éviter

Une fois les rĂšgles amĂ©ricaines comprises, il reste Ă  les faire dialoguer avec la fiscalitĂ© française. Un entrepreneur français n’est pas qu’un chef d’entreprise : il est aussi un rĂ©sident fiscal d’un pays qui impose son revenu mondial (sauf cas particuliers d’expatriation). CrĂ©er une sociĂ©tĂ© aux États‑Unis ne fait pas disparaĂźtre ce lien. Au contraire, cela rajoute une couche de complexitĂ© qu’il faut maĂźtriser.

La premiĂšre brique, c’est la convention fiscale France–États‑Unis. Elle a deux rĂŽles majeurs : Ă©viter la double imposition et rĂ©partir le droit d’imposer entre les deux pays selon le type de revenu (bĂ©nĂ©fices d’entreprise, dividendes, intĂ©rĂȘts, redevances, plus‑values
). ConcrĂštement, si une sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine paie dĂ©jĂ  un impĂŽt sur ses bĂ©nĂ©fices aux États‑Unis, la France peut accorder un crĂ©dit d’impĂŽt Ă  l’associĂ© français pour Ă©viter que le mĂȘme revenu soit taxĂ© deux fois intĂ©gralement. Ce crĂ©dit ne transforme pas l’impĂŽt en cadeau, mais rĂ©duit la double peine.

Pour un Français qui dĂ©tient une LLC “disregarded”, le schĂ©ma est diffĂ©rent : dans la plupart des cas, le fisc français regarde directement la personne physique. Le revenu de la LLC est imposĂ© comme du revenu professionnel (BIC, BNC, etc.) dans la dĂ©claration française, en appliquant les rĂšgles locales. C’est pour cela que la transparence fiscale de la LLC est souvent recherchĂ©e : elle Ă©vite de se retrouver coincĂ© entre un impĂŽt sociĂ©tĂ© USA Ă  21 % et un impĂŽt français sur des dividendes remontant d’une sociĂ©tĂ© Ă©trangĂšre.

Les piÚges les plus fréquents sont souvent simples :

  • Penser qu’une LLC amĂ©ricaine est “invisible” pour le fisc français.
  • Copier le montage d’un influenceur ou d’un forum sans vĂ©rifier sa compatibilitĂ© avec sa propre situation (revenus, patrimoine, rĂ©sidence fiscale, objectif patrimonial).
  • NĂ©gliger les dĂ©clarations de comptes Ă©trangers (banques, plateformes de paiement) exigĂ©es par l’administration française.

À l’inverse, quelques rĂ©flexes simples aident Ă  sĂ©curiser le terrain :

  • Faire valider la structure envisagĂ©e par un professionnel qui connaĂźt Ă  la fois la fiscalitĂ© amĂ©ricaine et française.
  • Documenter prĂ©cisĂ©ment le lieu oĂč le travail est rĂ©ellement effectuĂ©, pour pouvoir justifier qu’il n’y a pas ETBUS tant que l’activitĂ© reste gĂ©rĂ©e depuis la France.
  • Suivre, annĂ©e aprĂšs annĂ©e, la part d’activitĂ© rĂ©ellement rĂ©alisĂ©e aux États‑Unis : clients, entrepĂŽts, salariĂ©s, prestataires quasi exclusifs.

Pour ceux qui envisagent d’investir aux États‑Unis (immobilier, private equity, franchises, etc.), ces questions se posent encore diffĂ©remment. Les revenus immobiliers, par exemple, sont souvent imposĂ©s aux États‑Unis au niveau de la source, avec des mĂ©canismes propres. LĂ  encore, la convention fiscale vient jouer, mais l’architecture fiscale Ă  prĂ©voir n’est pas la mĂȘme que pour un simple site e‑commerce en LLC.

Un bon moyen de s’approprier ces sujets est de travailler Ă  partir d’un cas rĂ©el, mĂȘme fictif. Imaginez une agence de marketing française qui commence Ă  signer des clients amĂ©ricains, puis embauche un account manager basĂ© Ă  New York. Tant que l’agence vend depuis la France sans personnel US, pas d’ETBUS, pas d’impĂŽt sociĂ©tĂ© USA. DĂšs que l’account manager amĂ©ricain devient le pivot des contrats, la donne change : la sociĂ©tĂ© peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme ayant une activitĂ© substantielle aux États‑Unis. Il devient urgent d’aligner la structure (LLC, corp, filiale) avec cette nouvelle rĂ©alitĂ© pour Ă©viter de se retrouver en non‑dĂ©clarĂ©.

Au final, ce n’est pas la complexitĂ© fiscale qui bloque le dĂ©veloppement, mais l’absence de stratĂ©gie. Un entrepreneur qui comprend oĂč il crĂ©e la valeur, qui sait Ă  quel niveau il veut payer l’impĂŽt, et qui accepte d’investir un peu dans un montage cohĂ©rent, se donne une vraie marge de manƓuvre. Le business amĂ©ricain n’est pas un conte de fĂ©es, mais avec des bases solides, il devient un terrain de jeu sĂ©rieux, accessible et prĂ©visible.

Une LLC amĂ©ricaine permet-elle d’éviter complĂštement l’impĂŽt en France ?

Non. Si vous ĂȘtes rĂ©sident fiscal français, le revenu de votre LLC, surtout si elle est traitĂ©e comme entitĂ© transparente (disregarded ou partnership), doit en principe ĂȘtre dĂ©clarĂ© en France. La LLC est un vĂ©hicule juridique utile pour travailler avec le marchĂ© US, mais elle ne supprime pas vos obligations fiscales françaises. La convention fiscale France–USA Ă©vite surtout la double imposition, elle ne sert pas Ă  annuler l’impĂŽt dans les deux pays.

Faut-il forcément un expert-comptable américain pour une petite LLC sans ETBUS ?

DĂšs que vous avez une LLC, des formulaires d’information peuvent ĂȘtre requis, mĂȘme si aucun impĂŽt sociĂ©tĂ© n’est dĂ». Un professionnel habituĂ© aux non-rĂ©sidents (CPA ou avocat fiscaliste) est fortement recommandĂ©, ne serait-ce que pour valider que vous n’ĂȘtes pas ETBUS et que vos obligations dĂ©claratives sont bien remplies. Le coĂ»t est souvent bien infĂ©rieur au risque de pĂ©nalitĂ©s ou de requalification a posteriori.

Quel est l’intĂ©rĂȘt de choisir la taxation en Corporation pour une sociĂ©tĂ© US dĂ©tenue par un Français ?

Opter pour la taxation en Corporation permet de bloquer les bĂ©nĂ©fices dans la sociĂ©tĂ©, taxĂ©s au taux fixe de 21 % au niveau fĂ©dĂ©ral (plus impĂŽt d’État Ă©ventuel), sans imposition immĂ©diate chez l’associĂ© tant qu’il ne perçoit pas de dividendes. Ce schĂ©ma peut ĂȘtre intĂ©ressant pour des projets Ă  fort besoin de rĂ©investissement ou une implantation rĂ©elle aux USA, mais il doit ĂȘtre comparĂ© Ă  la transparence fiscale en tenant compte aussi de la fiscalitĂ© française sur les dividendes et des risques de double imposition.

Les revenus passifs (intĂ©rĂȘts, dividendes) de source amĂ©ricaine sont-ils toujours taxĂ©s Ă  30 % ?

Le taux standard de retenue Ă  la source amĂ©ricaine sur les revenus passifs versĂ©s Ă  un non-rĂ©sident est de 30 %. Cependant, pour un rĂ©sident français qui fournit les bons formulaires (W-8BEN ou W-8BEN-E), la convention fiscale France–États-Unis permet souvent de rĂ©duire ce taux, voire de le ramener Ă  0 % pour certains types de revenus. Il est donc essentiel de faire les dĂ©marches administratives correctement auprĂšs du payeur ou de l’intermĂ©diaire financier.

CrĂ©er une LLC aux États-Unis suffit-il pour vendre lĂ©galement Ă  des clients amĂ©ricains ?

La LLC est un point de dĂ©part, mais elle ne couvre pas tout. Selon l’activitĂ©, vous devrez aussi gĂ©rer la collecte de la sales tax dans certains États, respecter les rĂšgles de protection du consommateur, Ă©ventuellement vous enregistrer comme “foreign entity” dans l’État oĂč se trouve rĂ©ellement votre activitĂ©, et suivre vos obligations fiscales françaises. Pour un projet e-commerce ou SaaS, il est pertinent de coupler la crĂ©ation de sociĂ©tĂ© avec un accompagnement sur la fiscalitĂ© de la vente en ligne, par exemple en s’inspirant de ressources comme celles dĂ©diĂ©es Ă  la crĂ©ation d’e-commerce aux USA.

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