Les conventions fiscales entre la France et les États-Unis expliquées simplement

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De plus en plus de francophones travaillent, investissent ou montent une société entre la France et les États-Unis. Très vite, une question arrive : comment éviter de payer deux fois des impôts sur les mêmes revenus ? Derrière cette inquiétude légitime se cache un outil puissant mais souvent mal compris : la convention fiscale France–États-Unis. Signée en 1994 et ajustée depuis, elle fixe les règles du jeu entre Paris et Washington pour l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les sociétés et, côté français, l’impôt sur la fortune immobilière. Bien utilisée, cette convention permet de sécuriser un projet de carrière, une expatriation ou un business en ligne qui encaisse des paiements en dollars tout en restant résident en France.

Le problème, c’est que ce texte a été écrit par des fiscalistes pour des administrations, pas pour des entrepreneurs ou des salariés en mobilité. Résultat : beaucoup se fient aux rumeurs (“les États-Unis, c’est un paradis fiscal”, “avec une LLC, on ne paie rien”, “si je suis payé en dollars je ne déclare pas en France”), puis découvrent l’IRS ou le fisc français au pire moment. L’objectif ici est différent : traduire la convention fiscale France–USA en langage concret, avec des cas réels, des tableaux clairs et des réflexes simples à appliquer. Que vous soyez ingénieur en remote pour une boîte US, freelance avec une LLC ou dirigeant d’une PME qui vise le marché américain, comprendre ces règles est un levier pour protéger votre marge, votre patrimoine et votre sérénité administrative.

En bref :

  • Oui, il existe une convention fiscale France–États-Unis qui vise Ă  Ă©viter la double imposition et Ă  lutter contre la fraude.
  • Elle couvre principalement l’impĂ´t sur le revenu, l’impĂ´t sur la fortune immobilière (IFI) cĂ´tĂ© France et l’impĂ´t fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain sur le revenu.
  • La clĂ© de tout, c’est votre rĂ©sidence fiscale : elle dĂ©termine oĂą vous ĂŞtes imposable en prioritĂ©, mais ne vous dispense pas de dĂ©clarer dans l’autre pays.
  • Les principaux revenus concernĂ©s : salaires, dividendes, intĂ©rĂŞts, revenus immobiliers, retraites, plus-values, bĂ©nĂ©fices d’entreprise.
  • Pour supprimer la double taxation, le système repose sur le crĂ©dit d’impĂ´t : l’impĂ´t payĂ© dans un pays vient rĂ©duire l’impĂ´t dĂ» dans l’autre.
  • Les citoyens US et dĂ©tenteurs de green card doivent dĂ©clarer leurs revenus mondiaux aux États-Unis, mĂŞme s’ils vivent fiscalement en France.
  • Des règles spĂ©cifiques existent pour l’IFI, les entreprises avec Ă©tablissement stable, et la dĂ©claration des comptes Ă©trangers (FBAR, FATCA, formulaires français).
  • En cas de doute (double rĂ©sidence, multi-sources de revenus, structure complexe), l’appui d’un conseiller fiscal franco-amĂ©ricain Ă©vite des erreurs coĂ»teuses.

Sommaire

Convention fiscale France–États-Unis : cadre général et logique d’ensemble

La convention fiscale signée le 31 août 1994 entre la France et les États-Unis, complétée par un avenant en 2009, a un objectif clair : répartir le droit d’imposer les revenus et la fortune entre les deux États et empêcher qu’un même revenu soit taxé deux fois en totalité. Elle s’applique aux personnes physiques (salariés, freelances, retraités, investisseurs) autant qu’aux entreprises (sociétés françaises avec filiale ou succursale US, LLC détenues par des résidents français, etc.).

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Concrètement, la convention répond à trois grandes questions :

  • Qui peut taxer quoi ? France, États-Unis, ou les deux avec mĂ©canisme de compensation.
  • Comment Ă©viter la double imposition ? Principalement via le crĂ©dit d’impĂ´t.
  • Comment lutter contre l’évasion fiscale ? Grâce Ă  l’échange d’informations et Ă  l’assistance au recouvrement.

Ce n’est donc pas un “cadeau fiscal”, mais une charte d’équilibre entre deux systèmes très différents : un modèle français basé sur la résidence, et un modèle américain qui ajoute la citoyenneté comme critère.

Impôts couverts par la convention France–USA

La convention ne couvre pas tous les prélèvements possibles. Elle cible des impôts bien définis, ce qui explique certaines surprises pour les entrepreneurs ou investisseurs.

Élément France États-Unis
Impôt sur le revenu Couvert par la convention Couvert (impôt fédéral sur le revenu)
Impôt sur les sociétés Couvert Indirectement couvert via les règles de bénéfices d’entreprises
Impôt sur la fortune / IFI Couvert (l’IFI succède à l’ISF dans le même cadre) Les États-Unis n’ont pas de véritable impôt fédéral sur la fortune
CSG/CRDS Assimilées à des impôts couverts côté français Reconnu comme impôts imputables par l’IRS depuis 2019
Impôts des États (Californie, New York…) Hors champ de la convention Non couverts (risque de double charge résiduelle)

Pour un entrepreneur ou un salarié, cela signifie par exemple qu’un impôt d’État américain (par exemple en Californie) ne donnera pas systématiquement droit au même crédit d’impôt qu’un impôt fédéral. C’est un détail technique… jusqu’au jour où la facture grimpe.

  • En France, l’impĂ´t sur le revenu et l’IFI sont pleinement intĂ©grĂ©s dans la logique de convention.
  • Aux États-Unis, l’essentiel se joue au niveau fĂ©dĂ©ral, mais les taxes d’État restent Ă  surveiller.
  • La CSG/CRDS, longtemps grise, est dĂ©sormais traitĂ©e comme un vĂ©ritable impĂ´t par l’IRS, ce qui amĂ©liore le calcul des crĂ©dits d’impĂ´t pour les contribuables franco-amĂ©ricains.

Comprendre quels impôts entrent dans le périmètre de la convention permet de calibrer sa stratégie : structure de société, lieu de résidence, choix d’investissement, tout se décide plus sereinement avec cette carte en main.

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Résidence fiscale France–États-Unis : le vrai point de départ

La plupart des erreurs viennent d’une confusion sur la notion de résidence fiscale. Vivre six mois à Miami et six mois à Paris ne suffit pas à trancher la question. La convention fixe une série de critères successifs pour déterminer dans quel pays vous êtes considéré comme résident, notamment en cas de conflit (France et États-Unis qui vous revendiquent tous les deux).

Pour illustrer, prenons le cas de Karim, développeur français employé par une start-up de San Francisco. Il passe huit mois par an en France, garde un appartement à Lyon, mais a un compte bancaire et un plan d’actions aux États-Unis. Aux yeux de quel pays est-il résident ? C’est exactement le type de situation où la convention active ses “règles de tie-breaker”.

Critères de résidence fiscale pour les personnes physiques

Le texte prévoit une cascade de critères. On ne les applique pas tous d’un coup, on passe au suivant seulement si le précédent ne permet pas de trancher.

Ordre Critère Application concrète
1 Foyer d’habitation permanent Où disposez-vous d’un logement disponible en continu (appartement, maison) ?
2 Centre des intérêts vitaux Où se trouvent votre famille, votre activité principale, vos comptes et votre patrimoine ?
3 Lieu de séjour habituel Dans quel pays passez-vous le plus de temps sur l’année ?
4 Nationalité Êtes-vous citoyen français ou américain (ou les deux) ?
5 Accord entre autorités En dernier recours, les administrations fiscales des deux pays tranchent d’un commun accord.

Dans la pratique, cela donne pour Karim :

  • Foyer permanent : appartement en France, location courte durĂ©e aux États-Unis.
  • Centre des intĂ©rĂŞts vitaux : famille et principaux comptes bancaires en France.
  • SĂ©jour habituel : plus de 183 jours en France.

Résultat : la France le considérera comme résident fiscal français, même si son employeur est américain. La convention vient ensuite régler comment traiter ses revenus US au regard de cette résidence française.

Résidence fiscale des sociétés : l’établissement stable au cœur du jeu

Pour les entreprises, la question est différente. Une société peut être créée aux États-Unis mais contrôlée depuis la France, ou l’inverse. La convention confie aux autorités fiscales des deux pays le soin de trancher en prenant en compte notamment :

  • Le siège de direction effective (oĂą les dĂ©cisions sont rĂ©ellement prises).
  • Le siège social lĂ©galement dĂ©clarĂ©.
  • L’endroit oĂą se situe l’établissement stable (bureau, succursale, entrepĂ´t) qui gĂ©nère les bĂ©nĂ©fices.
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Type de structure Exemple Point de vigilance fiscal
Société française avec bureau US SA ou SAS en France + bureau à New York Bénéfices rattachés à l’établissement stable US imposés aux États-Unis
LLC américaine détenue par un Français LLC du Delaware dirigée depuis Paris Risque de requalification et imposition en France des bénéfices “pilotés” depuis la France
Filiale US d’un groupe français Inc en Californie détenue à 100 % par une SAS française Deux entités distinctes, chacune imposée dans son pays, avec prix de transfert à documenter

Sans ce travail de clarification sur la résidence fiscale, impossible d’appliquer correctement la convention. C’est le socle sur lequel repose tout le reste : salaires, dividendes, plus-values, tout en découle.

Revenus couverts par la convention fiscale France–États-Unis

Une fois la résidence fiscale posée, la question devient : qui taxe quel type de revenu ? La convention distingue clairement plusieurs catégories : salaires, revenus immobiliers, dividendes, intérêts, retraites, plus-values, etc. Chaque catégorie obéit à une logique propre, avec parfois un partage de la compétence fiscale entre les deux pays.

Pour un entrepreneur ou un investisseur, l’enjeu est double : éviter la double imposition, mais aussi anticiper le niveau de prélèvement global pour décider où loger un actif (immobilier, titres, activité e-commerce…).

Salaires, pensions et autres revenus d’activité

Les revenus d’emploi sont en principe imposables dans le pays où l’activité est exercée. Mais la convention prévoit des nuances, notamment pour les missions courtes ou certains emplois publics.

Type de revenu Règle principale Exemple concret
Salaires privés Imposables là où le travail est physiquement exercé Un consultant basé à Paris travaillant à distance pour une entreprise US sera imposé en France.
Missions de courte durée Possible imposition uniquement dans le pays de résidence si conditions remplies (durée, employeur…) Un salarié français en mission trois mois aux USA reste imposé uniquement en France sur ce salaire.
Fonctionnaires et pensions publiques Généralement imposables dans l’État qui verse la rémunération Un ancien fonctionnaire français vivant en Floride reste imposable en France sur sa pension publique.
Pensions privées En général imposées dans l’État de résidence Un retraité résidant fiscalement aux États-Unis percevant une retraite d’entreprise française sera imposé aux USA.
  • Le lieu du travail rĂ©el compte souvent plus que le siège de l’employeur.
  • Les pensions doivent ĂŞtre sĂ©parĂ©es entre publiques et privĂ©es : la fiscalitĂ© n’est pas la mĂŞme.
  • Les situations mixtes (tĂ©lĂ©travail multi-pays, contrats hybrides) mĂ©ritent une analyse prĂ©cise.

Avec la généralisation du travail à distance, ces règles deviennent stratégiques pour des profils qui n’étaient pas concernés il y a dix ans.

Dividendes, intérêts, revenus immobiliers et plus-values

Les revenus passifs suivent d’autres logiques. Ils sont au cœur des stratégies d’optimisation patrimoniale… mais aussi des contrôles fiscaux.

Type de revenu État prioritaire pour l’imposition Particularités de la convention
Revenus immobiliers Pays où se situe le bien Une maison en Floride louée par un résident français est imposée aux États-Unis, avec crédit d’impôt en France.
Dividendes Pays de résidence du bénéficiaire, avec retenue limitée dans le pays source Retenue à la source US plafonnée (souvent à 15 %) sur dividendes versés à un résident français.
Intérêts Pays de résidence du bénéficiaire En principe pas ou peu de retenue dans le pays source si la convention est correctement appliquée.
Plus-values mobilières Pays de résidence du cédant Vente d’actions américaines par un résident français imposée en France, sauf cas particuliers.
Plus-values immobilières Pays de situation de l’immeuble Vente d’un bien aux USA par un résident français : imposition locale, puis crédit d’impôt en France.
  • Les dividendes US versĂ©s Ă  un rĂ©sident français supportent une retenue Ă  la source, mais Ă  un taux plafonnĂ© si les bons formulaires sont fournis.
  • Les revenus immobiliers sont toujours imposĂ©s lĂ  oĂą se trouve le bien, quelle que soit votre rĂ©sidence.
  • Les plus-values mobilières (actions, parts) suivent gĂ©nĂ©ralement la rĂ©sidence fiscale du vendeur.
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Point important : les citoyens américains résidents en France restent tenus de déclarer et payer l’impôt américain sur leurs dividendes, intérêts et gains en capital de source US, même si la France les taxe aussi. C’est là que la mécanique de crédit d’impôt devient vitale pour ne pas se faire “saupoudrer” de taxes dans les deux pays.

Éviter la double imposition : crédit d’impôt et mécanismes pratiques

La convention ne supprime pas la double imposition en empêchant chaque pays de taxer. Elle la supprime via une compensation : vous pouvez être imposé dans les deux pays, mais l’un vous accorde un crédit d’impôt pour tenir compte de ce que vous avez déjà payé dans l’autre.

Tout l’enjeu est donc de savoir quel crédit d’impôt s’applique à quel revenu, et comment le déclarer concrètement dans les formulaires français et américains.

Crédit d’impôt côté français : fictif ou réel

La France utilise deux méthodes principales pour neutraliser l’impôt étranger sur les revenus couverts par la convention :

Méthode Principe Typologie de revenu
Crédit d’impôt fictif Annule l’impôt français sur ce revenu, mais le revenu reste pris en compte pour déterminer le taux moyen d’imposition. Par exemple, certains revenus immobiliers de source américaine.
Crédit d’impôt réel Crédit égal à l’impôt étranger réellement payé, dans la limite de l’impôt français dû sur ce même revenu. Typiquement, dividendes de source américaine, ou autres revenus passifs.
Prise en compte de la CSG/CRDS La CSG/CRDS est traitée comme un impôt intégré au calcul, ce qui renforce l’effet du crédit. Contribuables soumis à la CSG/CRDS sur leurs revenus de source étrangère.
  • Le crĂ©dit fictif protège de la double imposition stricte, mais peut augmenter le taux moyen appliquĂ© aux autres revenus.
  • Le crĂ©dit rĂ©el est plus avantageux quand l’impĂ´t Ă©tranger est Ă©levĂ©, car il se dĂ©duit effectivement de l’impĂ´t français.
  • L’administration française prĂ©cise, pour chaque catĂ©gorie de revenu, quelle mĂ©thode s’applique.

Côté déclarations, un résident français doit reporter ses revenus US sur la déclaration 2047 (revenus étrangers), ses comptes bancaires ou contrats financiers à l’étranger sur le formulaire 3916, puis laisser le système calculer les crédits d’impôt selon les cases cochées.

Crédit d’impôt côté américain et cas particulier CSG/CRDS

Les États-Unis appliquent également une logique de foreign tax credit pour les citoyens ou résidents fiscaux américains imposés à l’étranger. Particularité depuis 2019 : la décision “Eshel” a conduit l’IRS à considérer la CSG/CRDS française comme un impôt imputable, et non comme une simple cotisation sociale.

Élément Avant 2019 Après reconnaissance par l’IRS
Traitement de la CSG/CRDS Exclue du calcul du foreign tax credit Incluse comme impôt étranger, donc imputable sur l’impôt fédéral US
Impact pour un citoyen US en France Risque plus élevé de double imposition effective Capacité accrue à neutraliser la double imposition via crédit d’impôt
  • Un citoyen amĂ©ricain rĂ©sident en France doit toujours dĂ©corer ses revenus mondiaux Ă  l’IRS.
  • Les impĂ´ts français payĂ©s (y compris CSG/CRDS) peuvent servir de crĂ©dit pour rĂ©duire la facture fiscale US.
  • Les formulaires US (1040, 1116, etc.) doivent ĂŞtre renseignĂ©s avec prĂ©cision pour que le mĂ©canisme fonctionne.

Ce jeu de vases communicants entre crédits d’impôt français et américains est ce qui, en pratique, protège les contribuables. Mais il repose sur des déclarations complètes et cohérentes dans les deux pays. Aucune place pour l’approximation.

Entreprises, établissements stables et fiscalité croisée France–USA

Pour les entreprises, la convention fiscale France–États-Unis tourne autour d’un concept central : l’établissement stable. C’est ce qui permet de dire si une activité exercée dans un pays doit y être imposée, même si la société est juridiquement créée dans l’autre pays. C’est un sujet clé pour les entrepreneurs français qui montent une LLC ou une Inc aux États-Unis tout en pilotant tout depuis la France.

Qu’est-ce qu’un établissement stable au sens de la convention ?

L’établissement stable, c’est une présence matérielle ou organisationnelle suffisamment permanente dans un pays pour y justifier une imposition. La convention donne quelques exemples parlants :

Type d’implantation Considéré comme établissement stable ? Conséquence fiscale
Siège de direction Oui Bénéfices attribuables imposés dans l’État du siège.
Succursale ou bureau Oui Les profits liés à cette structure sont imposables localement.
Atelier, usine, entrepôt permanent Oui Constitue un point d’imposition dans le pays où il est situé.
Simple présence de serveurs ou hébergement cloud En général non, sauf cas complexes Nécessite analyse, mais non automatique comme établissement stable.
  • Une entreprise française avec bureau Ă  New York sera imposable aux États-Unis sur les bĂ©nĂ©fices liĂ©s Ă  ce bureau.
  • Une LLC amĂ©ricaine pilotĂ©e de France peut crĂ©er un risque de requalification d’établissement stable en France.
  • Les activitĂ©s purement digitales sans prĂ©sence physique restent une zone Ă  analyser au cas par cas.

L’idée à retenir : ce n’est pas parce qu’une société est “du Delaware” qu’elle échappe à la fiscalité française si tout est géré depuis Paris. La convention sert justement à répartir proprement les profits entre les deux États.

Exemples concrets de montage France–USA

Pour comprendre comment la convention s’applique, prenons deux cas fréquents chez les entrepreneurs francophones.

Scénario Réalité opérationnelle Lecture au regard de la convention
PME française avec filiale US La SAS française crée une Inc en Californie pour gérer le marché US, avec équipe locale. L’Inc est imposée aux États-Unis sur ses bénéfices. Les dividendes remontés en France sont taxés en France, avec retenue limitée aux USA.
Freelance français avec LLC Consultant français crée une LLC “disregarded” au Delaware, mais travaille depuis la France pour des clients US. Les revenus sont, en substance, imposables en France. La LLC ne crée pas magiquement une exonération US, la convention limite les abus.
  • Avant de crĂ©er une structure aux États-Unis, il faut d’abord penser modèle Ă©conomique, puis rĂ©sidence fiscale, ensuite seulement “Delaware ou Wyoming ?”.
  • Un mauvais montage peut gĂ©nĂ©rer une double friction fiscale (France + IRS + potentiellement un État).
  • Un bon montage, pensĂ© avec la convention en tĂŞte, peut au contraire sĂ©curiser la croissance tout en restant compĂ©titif.

La convention n’est pas un outil d’optimisation agressive ; c’est un cadre pour ne pas se tirer une balle dans le pied en multipliant les structures sans logique fiscale et opérationnelle solide.

IFI, citoyens américains en France et lutte contre la fraude : points de vigilance

Dernier bloc souvent négligé : la fortune immobilière, le cas spécifique des citoyens américains vivant en France et les mécanismes de coopération entre les administrations. Trois sujets qui font rarement rêver, mais qui peuvent impacter lourdement un projet de vie ou de business mal anticipé.

Fortune immobilière et exemption temporaire pour certains Américains

La convention de 1994 traitait à l’origine de l’impôt sur la fortune. Depuis la réforme française, ces dispositions s’appliquent désormais à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI). Elles prévoient notamment :

Situation Traitement fiscal Conséquence pratique
Biens immobiliers situés en France Imposables à l’IFI en France pour les résidents français et, dans certains cas, pour les non-résidents Un résident américain propriétaire d’un appartement à Paris peut être imposable à l’IFI.
Biens immobiliers situés aux États-Unis Imposables aux États-Unis, pas à l’IFI français pour un non-résident Un résident français possédant une maison en Floride devra intégrer cette valeur dans son IFI.
Citoyen américain s’installant en France sans nationalité française Exonération possible de l’IFI pendant les 5 premières années sur les biens situés hors de France Les biens immobiliers détenus aux États-Unis ne sont pas pris en compte dans l’IFI pendant cette période.
  • La convention peut offrir une fenĂŞtre de respiration pour un AmĂ©ricain qui vient s’installer fiscalement en France.
  • Au-delĂ  de cette pĂ©riode, l’IFI redevient un sujet central dans la structuration du patrimoine.
  • Pour un Français investissant dans l’immobilier US, la valeur des biens entre dans le calcul de l’IFI dès le dĂ©part.

Dans un monde où l’investissement immobilier transfrontalier se banalise, ignorer ces règles revient à jouer avec le feu.

Citoyens US, doubles nationaux et lutte contre la fraude

Les citoyens américains et titulaires de carte verte ont une particularité : ils restent redevables de l’impôt fédéral américain sur leurs revenus mondiaux, même s’ils sont résidents fiscaux français. La convention ne les en exonère pas ; elle organise simplement le partage et les compensations.

Profil Obligations déclaratives Points de vigilance
Citoyen US résident en France Déclarations complètes en France + formulaire 1040 aux USA, FBAR, FATCA, etc. Risque d’amendes lourdes en cas d’oubli de comptes bancaires ou d’actifs étrangers.
Binational franco-américain Mêmes obligations côté US + règles françaises habituelles Attention à la combinaison des deux systèmes, notamment pour les plus-values et retraites.
Résident français sans nationalité US mais avec comptes aux États-Unis Déclarations françaises (2047, 3916) et déclarations éventuelles locales Soumis à l’échange automatique d’informations via FATCA et accords OCDE.
  • La convention intègre des clauses d’assistance administrative : Ă©changes d’informations, entraide au recouvrement.
  • Des dispositifs comme FATCA et l’échange automatique transforment chaque compte bancaire “oublié” en anomalie visible.
  • Des mĂ©canismes prĂ©voient mĂŞme des facilitĂ©s comme des reports de paiement ou des dispenses de garanties pour certains contribuables qui quittent la France (exit tax).

L’époque des montages “cachés” est terminée. Aujourd’hui, le vrai avantage compétitif, c’est une structure propre, alignée avec la convention, qui laisse le temps de se concentrer sur le business plutôt que sur les contrôles.

Faut-il payer des impôts dans les deux pays quand on travaille entre la France et les États-Unis ?

La plupart du temps, oui, vous avez des obligations dĂ©claratives dans les deux pays, mais la convention fiscale Ă©vite que le mĂŞme revenu soit taxĂ© deux fois en totalitĂ©. Un pays taxe en prioritĂ© (souvent celui de rĂ©sidence ou de source du revenu) et l’autre accorde un crĂ©dit d’impĂ´t pour tenir compte de l’impĂ´t dĂ©jĂ  payĂ©. L’objectif est que la charge fiscale globale reste cohĂ©rente, Ă  condition de dĂ©clarer correctement partout.

Comment savoir si je suis résident fiscal français ou américain ?

La rĂ©sidence fiscale se dĂ©termine selon plusieurs critères successifs : foyer d’habitation permanent, centre des intĂ©rĂŞts vitaux (famille, activitĂ©, patrimoine), lieu de sĂ©jour habituel, nationalitĂ©, puis Ă©ventuel accord entre les administrations des deux pays. On ne choisit pas librement son pays de rĂ©sidence fiscale : c’est une analyse de votre situation rĂ©elle au regard de ces critères.

Que se passe-t-il si je suis citoyen américain mais je vis fiscalement en France ?

Vous restez tenu de dĂ©clarer vos revenus mondiaux aux États-Unis, mĂŞme en Ă©tant rĂ©sident fiscal français. Vous devez donc dĂ©poser une dĂ©claration US (formulaire 1040), dĂ©clarer vos comptes Ă©trangers (FBAR, FATCA) et, en parallèle, dĂ©clarer vos revenus en France. La convention prĂ©voit des crĂ©dits d’impĂ´t dans les deux sens pour limiter la double imposition, y compris en tenant compte de la CSG/CRDS.

Une LLC au Delaware permet-elle d’Ă©chapper Ă  l’impĂ´t français ?

Non. Une LLC amĂ©ricaine n’est pas un bouclier fiscal magique. Si vous ĂŞtes rĂ©sident fiscal français et que l’activitĂ© est pilotĂ©e depuis la France, les bĂ©nĂ©fices peuvent ĂŞtre imposables en France, mĂŞme si la structure est aux États-Unis. La convention fiscale et la notion d’Ă©tablissement stable imposent de regarder oĂą se trouve rĂ©ellement la direction et l’activitĂ©, pas seulement oĂą la sociĂ©tĂ© est enregistrĂ©e.

Dois-je faire appel à un spécialiste pour appliquer la convention fiscale France–États-Unis ?

Dès que vous cumulez plusieurs sources de revenus (salaires, dividendes, immobilier, plus-values) ou que vous avez une structure d’entreprise dans l’autre pays, l’accompagnement d’un fiscaliste habituĂ© aux dossiers franco-amĂ©ricains est fortement recommandĂ©. Il vous aidera Ă  dĂ©terminer votre rĂ©sidence fiscale, appliquer les bons crĂ©dits d’impĂ´t, remplir les formulaires (2047, 3916, FBAR, etc.) et Ă©viter des erreurs qui peuvent coĂ»ter cher en redressements et pĂ©nalitĂ©s.

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